Interview janvier 2015

- "L'implantation de la vigne en Corse est très ancienne et l'on a coutume de dire que ce sont les grecs qui l'ont introduite il y a 2600 ans.

Aujourd'hui de nouvelles recherches révèlent des traces de vigne dans le désert des Agriates qui remontent à plus de 5000 ans.

 

Au moyen âge la République de Pise occupe la Corse et au travers de sa mission d'évangélisation développe la vigne dans le cap Corse, la région du Nebbiu et de Patrimonio. La République de Gênes prend le relais et poursuit cette politique de plantations. Au milieu du 18ème siècle on compte entre 3 et 5 mille hectares de vigne dans le Cap Corse et la région du Nebbiu, et le commerce du vin y est très intense avec les cités de la République .

En 1768 la conquête de la Corse par la France va entraîner la perte des marchés toscans.

 

Plus tard, vers le milieu du 19ème siècle, la crise phylloxérique, puis la saignée de la Grande Guerre vont précipiter le déclin du vignoble cap corsin.

 

A la fin du 19èmesiècle début 20ème, la modernisation du réseau routier entre Saint Florent et Bastia rendant le commerce plus facile a pour effet de concentrer le vignoble autour de Patrimonio. Le vin était alors acheminé vers les nombreuses "cantines" bastiaises où l'on pouvait à la fois se restaurer, consommer et acheter son vin.

 

La proximité du port permettait aussi l'envoi de vins vers les grandes villes métropolitaines, notamment Marseille et Paris ou la diaspora corse était importante et y possédait de nombreux bars, restaurants, cantines, hôtels, participant ainsi à la renommée de nos crus.

Enfin le vin de Patrimonio était aussi expédié vers les anciennes colonies françaises notamment en Indochine, où des corses exploitaient des commerces souvent prestigieux, à l'instar du Saigon Palace Hôtel dont le propriétaire s'appelait Patrice Luciani. Ces lieux de passage et de brassage important de population participèrent à la réputation de nos crus à l'international. Le nom de Patrimonio devient à cette époque synonyme de vigne et de vin.

 

Chaque médaille possédant son revers, les vins de Patrimonio furent la cible de personnes mal intentionnées. Dans les années 30 des vins d'Espagne puis d'Algérie servaient de vin de coupage aux "bibines" des fraudeurs qui venaient concurrencer de façon déloyale les vignerons de la région. Pour mieux se défendre, le Syndicat des vins de Patrimonio demandera dès 1942 un classement auprès des instances nationales pour faire reconnaître la qualité des vins et garantir son origine.

 

A travers une taxation spéciale les vins de Patrimonio obtiennent une garantie sur l'origine, mais le décret n'est pas entériné après la guerre. En 1950, le contrôleur général de la viticulture chargé du contrôle des plantations de vigne décède et n'est pas remplacé.

 

La Corse va entrer à ce moment là dans une zone de non droit en matière viticole, qui va favoriser dès le début des années 60 avec l'arrivée des rapatriés d'Algérie la mise en place d'un vignoble nouveau, industriel et à haut rendement qui va entrer en concurrence directe avec la petite viticulture corse de qualité. Le Syndicat des vignerons de Patrimonio dénonce dès 1962 une main mise sur la terre corse et demande que soit mis fin aux dérives qui vont entraîner en 1974 le scandale des vins corses et en 1975 le drame d'Aléria.

 

Entre temps, dès 1960, le Syndicat réitère une demande de classement en AOC. L'INAO y est favorable mais demande un préalable, l'application du statut viticole à la Corse.

 

Après des années et des centaines de réunions à travers toute l'île pour faire admettre le bien fondé de cette mesure aux professionnels et aux hommes politiques qui les représentent, le statut viticole est appliqué à la Corse en 1967 et le 13 Mars 1968 Patrimonio devient la première AOC de Corse ouvrant ainsi la voie à un secteur montré aujourd'hui comme l'une des réussites économiques de l'île.

 

La reconnaissance d'une AOC, évènement majeur du 20ème siècle en matière viticole, va permettre à une lignée de vignerons dynamiques de repartir sur de nouvelles bases. Au début des années 80 des aides européennes relayées au niveau national et régional vont aider à la modernisation des caves et à la restructuration du vignoble. Cela va entraîner une hausse sensible de la qualité des vins mais bien plus que cela, une constance qui est indispensable pour assoir une réputation.

 

Il ne suffit pas de faire du bon il faut aussi le faire savoir.

 

En 1998 le Syndicat des vignerons se rapprochant de la municipalité de Patrimonio va se lancer dans une politique de promotion plus active à travers de nombreuses actions tendant au développement d'un tourisme œnophile et l'allongement de la saison estivale sur le territoire de l'AOC.

 

Parmi les actions les plus importantes on trouve :

 

·     La fête du vin nouveau le 11 novembre à l'occasion de la Saint Martin, devenue aujourd'hui, sous la houlette de la confrérie religieuse San Martinu et de l'association "a capella" un festival de la ruralité qui se déroule sur une douzaine de jours avec des ateliers de chants, des conférences, des sorties culturelles etc...

 

·        Une maison des vins dont l'inauguration est prévue pour la fête du vin à l'occasion de la Saint Martin,

 

·        Une route des vins avec une signalétique,

 

·        une bouteille syndicale alliant dans sa conception la tradition et la modernité,

 

·        L'ambition de faire passer la totalité du vignoble en mode de culture biologique. Aujourd'hui 22 vignerons sur les 35 de l'Appellation sont en conversion ou en certification biologique.

 

Afin de positionner ce projet de tourisme œnophile sur un piédestal, le site paysager comprenant le vignoble de Patrimonio sur lequel travaillent les municipalités de Patrimonio, de Barbaggio, de Poggio d'Oletta et le Syndicat des vignerons depuis plus de 15 ans, vient d'être classé à l'inventaire du Patrimoine National par décret du 1er août 2014 signé par Madame Ségolène Royal, Ministre de l'écologie.

 

Notre ambition est de mettre en place un tourisme durable en créant un équilibre, mieux une harmonie entre l'agriculture, la culture et le tourisme sur notre territoire. Aujourd'hui une nouvelle génération de jeunes vignerons portent l'espoir et l'assurance de la pérennité d'une appellation qui se hâte lentement faisant sienne la maxime d'un auteur inconnu "la tradition c'est une statue qui marche"!

 

Le partenariat que vous nous proposez avec cette course "nature" cadre parfaitement avec nos objectifs de faire connaître et reconnaître notre vignoble et notre belle région. C'est un beau projet en phase avec notre volonté de préserver et respecter toujours la nature et l'environnement."

 

 

La légende de Saint Martin

 

Les vignerons de Patrimonio fêtent la Saint Martin (Saint Patron des cultures et des campagnes) et non pas la Saint Vincent (Saint Patron des vignerons), car il y a une vieille légende qui dit qu'au 4ème siècle Saint Martin arrivant au col de Teghime et découvrant la magnifique vallée qui s'étalait devant lui pointa son doigt en s'écriant "Ceci sera mon patrimoine" d'ou le nom de Patrimonio.

Puis en arrivant au village, il fut surpris de trouver tous les villageois tristes et  inquiets, il demanda quelle était la cause de cette tristesse. Les habitants lui parlèrent de la forte sécheresse qui sévissait depuis de nombreux mois, ce qui mettait les récoltes en danger. Saint Martin organisa une procession, il se mit à pleuvoir et depuis l'église porte son nom.

Nous fêtons la Saint Martin le 11 novembre selon la tradition qui veut que ce jour là, à travers toute l'Europe, on goute le vin nouveau.

 

 

Interview de Lucie Poli, janvier 2015

J'ai rencontré un vigneron incontournable  de l'appellation de Patrimonio pour cette interview par un temps frais et sec, nous avons passé un long moment à parler de sa vie de vigneron, de sa passion du vin, de son engagement auprès du syndicat viticole de Patrimonio, de la nature, de la culture, du tourisme, de ces cordes qui doivent se mêler pour être plus fortes, aucune fibre ne doit laisser l'autre s'appauvrir au risque de fragiliser tout le cordage.

Quel homme passionné et passionnant, que de terres nous avons parcouru. Je buvais ses mots tout en voyant le patchwork des 500 hectares que forment le vignoble, palette de différentes couleurs ou le poète aurait trouvé une féconde inspiration. Je regardais ses mains et j'entrevoyais aisément le travail de sa vie, les gestes chaque saison recommencés, toujours la même étincelle dans les yeux, l'amour de sa terre utilisée sans la brusquer, la préserver, l'apprivoiser pour qu'elle donne le meilleur, la protéger des mécréants.

Je l'ai entendu me parler de cette terre comme d'un diamant que lui et ses compagnons auraient façonné avec les yeux de Chimène.

Nul doute, ces hommes aiment profondément leur terre, ils sont le meilleur des présages et le plus bel exemple pour les générations futures. Je suis confortée dans l'idée que notre île est le trésor que nous laissons en partant à nos enfants et que notre devoir est de le laisser enrichi de notre labeur et de la fierté de nos racines.

 


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